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« Les surfaces rudérales regorgent de vie : ça bourdonne et ça vibre »

Zone de végétation en milieu rudéral avec petites structures comme tas de pierres, de branches et souches avec enfants qui jouent

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7 min de lecture

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Il suffit de peu pour faire toute la différence : les petites structures et les surfaces rudérales sont simples à aménager, favorisent la nature à deux pas de chez soi et améliorent en même temps la qualité de vie de la population. Julia Wildi de la Station ornithologique suisse explique ce qui est important et comment les communes peuvent rapidement obtenir leurs premiers résultats.

Madame Wildi, qu'entend-on par petites structures et surfaces rudérales et pourquoi sont-elles si importantes pour la biodiversité ?

Julia Wildi: Les surfaces rudérales sont des sites à végétation clairsemée et riche en fleurs, sur des sols graveleux avec peu de terre. Autrefois typiques des berges de rivières ou des éboulis, elles sont aujourd’hui devenues rares et se trouvent surtout sur des terrains vagues urbains ou près des chantiers. Elles offrent un habitat à de nombreux insectes et oiseaux, y compris à des espèces rares.

Les petites structures, quant à elles, sont des refuges créés par l’être humain, tels que des tas de branches ou de pierres. Autrefois, elles résultaient du besoin humain de mettre de l'ordre : les matériaux étaient simplement entassés sur place. Aujourd’hui, avec des machines toujours plus performantes, on préfère les enlever pour garder les espaces verts aussi « propres » que possible. Pourtant, ces structures offrent un habitat essentiel à de nombreux animaux.

Quelles espèces animales et végétales en profitent particulièrement ?

Elles sont beaucoup trop nombreuses pour toutes les citer ! Les plantes pionnières, premières à coloniser les sols nus, constituent la base des surfaces rudérales. Leurs fleurs attirent de nombreux insectes comme les papillons et leurs graines nourrissent des oiseaux tels que le chardonneret ou le verdier. Les petites structures complètent ce garde-manger en offrant des abris. Les tas de branches servent de refuge à des mammifères comme le hérisson ou la belette et à des insectes comme les abeilles sauvages ; les tas de pierres, quant à eux, sont précieux pour les reptiles et les amphibiens.

Comment les petites structures contribuent-elles à la mise en réseau des habitats ?

Les petites structures constituent d’importants lieux de nidification ou de repos pour de nombreuses espèces. Elles sont donc des éléments essentiels d’un réseau d’habitats naturels ou proche de l’état naturel interconnectés, venant compléter les habitats plus vastes.

« Les surfaces rudérales et les petites structures sont faciles à entretenir. »

Julia Wildi, Station ornithologique suisse de Sempach

Quels avantages ces espaces offrent-ils à la population ?

Les surfaces rudérales vont à l’encontre du goût suisse pour l’ordre, ce qui peut susciter des réactions négatives. Elles offrent pourtant une expérience riche en nature. Si l'on prend le temps de les observer de plus près, on constate rapidement qu’elles restent colorées bien après la floraison des prairies. Papillons, bourdons et oiseaux colorés comme le verdier ou le chardonneret viennent compléter ce tableau vivant, rendant la nature perceptible directement devant chez soi.

Quelle est la charge de travail pour l’aménagement et l’entretien ?

Comparées à d’autres mesures, les surfaces rudérales et petites structures nécessitent peu d’entretien. La végétation rudérale pousse lentement ; une seule tonte par an suffit. Pour les petites structures, il faut simplement veiller à ce qu’elles ne soient pas envahies par la végétation. Les tas de branches doivent être régulièrement rechargés, ce qui peut se faire facilement lors de la taille annuelle des haies.

Gros plan sur des branches clairsemées d'amélanchier et de la vipérine sur un fond pierreux et bâtiment  gris

Les surfaces rudérales restent longtemps colorées alors que les prairies fleuries sont déjà fanées.

Comment les communes peuvent-elles faire leurs premiers pas sans trop d'efforts ? Quels sont les projets simples pour démarrer ?

La mesure la plus simple consiste à créer des tas de branches. Il suffit de trouver un emplacement approprié avec suffisamment de fleurs à proximité et, si possible, à distance des routes très fréquentées. Les parcs se prêtent particulièrement bien à ce type d'aménagement.

Autre conseil : si des surfaces sont désimperméabilisées dans la commune, elles peuvent facilement être transformées en surfaces rudérales. Ces sites pauvres en nutriments sont parfaits pour créer des habitats précieux.

Quelles sont les erreurs typiques à éviter ?

À première vue, les jardins de gravier ressemblent aux surfaces rudérales, mais ils nuisent à la biodiversité. Les jardins de gravier ne contiennent presque que des pierres et pratiquement aucune plante et s’il y en a, elles sont rarement indigènes et peu fleuries. En revanche, les surfaces rudérales regorgent de vie : ça bourdonne et ça vibre. Il faut toutefois gérer la présence d’espèces néophytes envahissantes, qui se propagent rapidement et peuvent recouvrir toute la surface. Les petites structures ne doivent pas être isolées, mais intégrées dans un environnement diversifié et proche de l’état naturel.

« Avec un peu de pragmatisme, la création de surfaces rudérales et de petites structures peut facilement être intégrée dans l’entretien courant des espaces verts d’une commune. »

Julia Wildi, Station ornithologique suisse de Sempach

Faut-il des connaissances spécialisées ou le personnel communal peut-il s’en charger sans avoir de grandes connaissances préalables ?

De nombreux livres et ressources en ligne expliquent comment créer et entretenir ces espaces. L’idéal est de se faire conseiller par des spécialistes : bureaux d’écologie ou biologistes indépendants proposent leur aide pour la planification et la mise en œuvre. Le cours de Pusch sur les petites structures et surfaces rudérales, organisé pour la première fois en 2025, est également une excellente occasion de se former.

Comment les communes peuvent-elles intégrer ces projets à l’entretien des espaces verts existants ?

Avec un peu de pragmatisme, la création de surfaces rudérales et de petites structures peut facilement être intégrée dans l’entretien courant des espaces verts d’une commune. Par exemple, une surface rudérale peut être aménagée dans des zones difficiles d’accès, réduisant ainsi la fréquence d’entretien et évitant en même temps que ces surfaces soient bétonnées. Des tas de branches peuvent être créés et rechargés lors de la taille des arbres ou des haies. Quand des pierres sont excavées lors de la construction d'un nouveau bâtiment, elles peuvent être empilées pour former des murs en pierres sèches. Il existe de nombreuses synergies qui peuvent être exploitées et si les communes ont besoin d'aide pour intégrer la planification de telles mesures dans leur plan d'entretien, elles peuvent à tout moment demander conseil.

Pourquoi est-il important d’agir maintenant ?

Nous sommes en pleine crise de la biodiversité et la Suisse s’en sort mal au niveau international : deux espèces d’oiseaux sur cinq figurent sur la liste rouge – pour ne citer qu’un exemple. Pour les conserver, il faut de grands habitats connectés, une agriculture respectueuse de la nature et des zones protégées. Mais les espaces naturels en milieu urbanisé sont également essentiels : ils contribuent à la biodiversité, assurent un air et une eau plus propres et rendent les gens plus heureux. Dans ces zones, les habitant-e-s peuvent vivre des expériences directes avec la nature, base essentielle pour un savoir et un engagement durables en faveur de sa protection. Avec la densification croissante des villes, il est urgent de faire de la préservation de la biodiversité une priorité et de planifier dès maintenant les mesures nécessaires avant qu’il ne soit trop tard.

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