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Biodiversité dans la planification : entre synergies et conflits

A gauche et à droite d'un trottoir poussent des prairies fleuries et des plantes vivaces, derrière lesquelles on peut voir un immeuble d'habitation moderne de couleur rouille

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7 min de lecture

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Les responsables de la planification jouent un rôle décisif pour lutter contre la perte de biodiversité et le réchauffement climatique. Il leur faut notamment tenir compte de différents enjeux liés à l’utilisation de l’espace, en particulier en zone habitée. Gestion des eaux, mobilité, bâtiments, éclairage public, ... Des intérêts parfois en conflit, mais entre lesquels des synergies sont possibles !

En 2012, la Suisse s’est dotée d’une stratégie dans le domaine de la biodiversité. Organisée autour de dix objectifs stratégiques, celle-ci définit les priorités de l’engagement par lequel la Confédération veille à préserver la diversité des espèces, les écosystèmes et la diversité génétique. L’objectif stratégique numéro 8 soutient le développement de la biodiversité dans l’espace urbain et rappelle en préambule que la biodiversité « remplit des fonctions naturelles et climatiques importantes tout en contribuant à la santé, à la détente et à la sensibilisation de la population. » Un enjeu qui est central aujourd’hui, d’autant plus que la biodiversité est confrontée aux autres planifications communales existantes.

En Suisse, les zones urbaines et les voies de circulation ont connu une extension importante pour faire face à la croissance démographique et économique, ainsi qu’à la demande grandissante en logements, loisirs et mobilité. Le développement de l’urbanisation s’est ainsi accompagné d’un mitage du territoire et d’un morcellement des paysages et des milieux naturels. Aujourd’hui, la densification du tissu bâti accroît la pression sur les espaces verts et les espaces non bâtis.

La biodiversité prévient les effets néfastes du réchauffement climatique, offre un habitat à de nombreuses espèces et contribue à la qualité de vie de la population. Elle représente une composante essentielle des milieux bâtis et il est aujourd’hui nécessaire de l’intégrer de manière systématique dans les planifications communales. Pusch a souhaité organiser une discussion en s’intéressant à la fois aux conflits existants et aux synergies possibles pour le faire.

«Il s’agit toujours d’effectuer une pesée des intérêts entre promotion de la biodiversité et développement de l'urbanisation.»

Alain Beuret, architecte et urbaniste, EspaceSuisse

Pesée des intérêts et identification des actions concrètes

Les participants ont pu profiter de nombreuses présentations d’experts de différents domaines. Alain Beuret, architecte et urbaniste à EspaceSuisse, a ouvert la journée en insistant sur le fait que « les intérêts entre promotion de la biodiversité et développement de l’urbanisation sont divers et variés et induisent très souvent des conflits : il s’agit donc toujours d’effectuer une pesée des intérêts ». L’article 3 de l’ordonnance sur l’aménagement du territoire (OAT) exige d’ailleurs des autorités qu’elles mettent en balance les intérêts concernés. Ces différents enjeux peuvent toutefois rendre la tâche plus difficile pour les communes quand il s’agit d’identifier les priorités et les premières étapes.

Daniel Arn (OFEV, Division biodiversité et paysage) a rappelé aux participants qu’afin de donner une impulsion aux communes, l’OFEV a mis sur place un projet pilote de conseils en matière de paysage. Accompagné des politiques, des municipaux et des employés communaux, des conseillers identifient durant quatre jours les enjeux principaux spécifiques au territoire communal et proposent une liste d’actions concrètes.

Elise Riedo, architecte et ingénieure paysagiste chez Urbaplan, est intervenue comme conseillère pour les communes de Val de Travers, Orbe et Porrentruy et a démontré que tout un panel d’actions était possible sur le domaine agricole ainsi que sur les jardins privés. Ce projet pilote permet d’aider les communes à identifier les forces et faiblesses de leur territoire et, surtout, à se mettre en route.

Gestion de l’eau et mobilité 

Pour promouvoir la biodiversité au niveau communal, il existe plusieurs leviers d’action, et il est nécessaire de penser la biodiversité dans un contexte plus général. Ingénieure en environnement à l’association suisse des professionnels de la protection des eaux (VSA), Silvia Oppliger a rappelé aux participants que biodiversité et gestion de l’eau vont de pair (voir l'article « L'eau de pluie comme ressource pour des espaces urbains biodivers »).

L’une des conséquences du changement climatique est l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des fortes précipitations. Dans un milieu toujours plus imperméable, le risque d’inondation lié au ruissellement après des pluies intenses augmente. Le concept de ville-éponge se présente comme une approche intégrée permettant de prévenir les dommages provoqués par le ruissellement et à atténuer l’impact de la chaleur. Dans ce domaine, l’outil principal à disposition des communes reste les plans généraux d’évacuation des eaux (PGEE).

Timothée Vincent, spécialiste en mobilité chez Dynam-O2, appelle également à penser la biodiversité comme une approche intégrée et audacieuse. Il est revenu sur le développement de la mobilité depuis les années 20 jusqu’à aujourd’hui. Les infrastructures de transport permettant de se déplacer toujours plus vite et plus loin ont contribué au mitage du territoire. Il est désormais nécessaire d’entrer dans une pratique qui permette à l’infrastructure de la mobilité de coexister avec une infrastructure écologique beaucoup plus marquée. Avec l’augmentation de l’utilisation des transports publics et la décroissance de la mobilité motorisée, des espaces vont se libérer. L’aménagement des espaces publics est, selon Timothée Vincent, une opportunité de mettre en valeur l'ensemble des co-bénéfices liés à la biodiversité en milieu urbain.

Inspirations pour plus de biodiversité en zone bâtie

L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) propose des dispositions de référence (PDF à télécharger) aux cantons et aux communes à intégrer à leurs instruments de réglementation et de planification. Ces dispositions proposent des solutions concrètes pour mettre en oeuvre les exigences légales relatives à une compensation écologie : mise en place d'étangs ou de prairies, mesures contre la pollution lumineuse, aménagement de la frange urbaine, ...

Le potentiel des bâtiments

Un autre axe d’action pour promouvoir la biodiversité dans les milieux bâtis repose dans l’utilisation du potentiel des bâtiments existants : la végétalisation des toitures et des façades peut fortement contribuer à augmenter la qualité paysagère, la qualité de vie des habitants, à réduire les îlots de chaleur et à promouvoir la faune sauvage.

L’impact de la pollution lumineuse

Finalement, l’éclairage public a aussi son rôle à jouer dans la promotion de la biodiversité dans les milieux bâtis. Si l’une des conséquences bien connues de la pollution lumineuse est celle de la perturbation de la faune et de la flore, réduire l’éclairage a des incidences positives sur de nombreux autres domaines : diminution des troubles du sommeil, réduction des coûts inutiles, augmentation de la sécurité, apparition du ciel étoilé, augmentation des possibilités de mise en valeur architecturale, … Des solutions existent toutefois, tel qu'un projet présenté par Arnaud Zufferey de Olika permettant de cartographier les zones de pollution lumineuse au moyen de drones afin d’intégrer des trames noires dans les planifications communales.

Miser sur les synergies augmente l'envie d'agir

La discussion l’a rappelé : les portes d’entrée pour promouvoir la biodiversité en milieu urbain sont multiples. Et c’est une chance ! Les bénéfices apportés par les milieux écologiques diversifiés permettent de créer de nombreux ponts entre les intérêts de différentes planifications sectorielles. « Ces échanges m’ont permis de prendre un pas de recul et de revenir à un concept plus large, celui du paysage, afin de penser la biodiversité dans son ensemble », indique Maria Daher, responsable environnement et développement durable à la commune de Chavannes-près-Renens. « De nombreux leviers d’actions concrets ont été présentés », ajoute encore Coline Ponton, qui suit le CAS Nature en ville. Certes, des conflits peuvent persister et prioriser à l’échelle des mesures reste nécessaire, mais chercher les synergies en posant les différents concepts à un niveau équivalent ouvre la voie à des solutions combinées, l’objectif final étant la qualité de l’espace urbain.


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