Jardins privés : transformer ces ilots en corridor de biodiversité

Dans l’espace urbain, les jardins privés représentent des espaces verts ayant un extraordinaire potentiel pour la biodiversité. Mais comment les communes peuvent-elles encourager des particuliers à entretenir leur jardin de manière écoresponsable ?
Derrière les haies et les barrières, tantôt lieu de repos, lieu de rencontre lors des barbecues estivaux ou terrain de jeux pour enfants et petit-enfants, se cachent les jardins privés. Ces petits ilots de loisirs paraissent morceler et déconnecter. Mais en y regardant de plus près ces surfaces interconnectées regorgent d’un potentiel écologique important et peuvent devenir une ressource intéressante pour la biodiversité en milieu bâti. En effet, les jardins privés représentent, selon la Division Biodiversité et Paysage de l’Etat de Vaud, la majorité des espaces verts dans l’espace urbain. Malheureusement, les propriétaires de ces jardins manquent parfois de connaissances sur les bonnes pratiques à adopter pour un entretien écoresponsable. Néophytes invasives, gestes maladroits mettant à mal certaines espèces : il n’est pas toujours évident d’entretenir son jardin avec une vision globale sur la biodiversité. Cependant, des actions très simples peuvent avoir un impact immense sur certaines espèces : oiseaux, petites faunes, insectes et flores locales retrouveront alors des lieux propices à leur développement. L’idée de transformer ces petites iles de verdure cloisonnées en un corridor de biodiversité est à la base du projet « Les jardins extraordinaires ».
Un entretien écoresponsable de son jardin permet aux insectes de s'y épanouir.
L’extraordinaire peut se cacher dans l’ordinaire
Le but du projet est simple : mettre en lien les communes et les propriétaires d’un jardin privé pour réfléchir ensemble à la gestion de ces zones. Cette idée est née du constat que beaucoup d’amatrices et d’amateurs de jardinage étaient curieuses et curieux de découvrir de nouvelles techniques d’entretien en accord avec le vivant mais n’avaient ni l’énergie ni le temps d’aller chercher ce savoir spontanément.
Mis en œuvre pour la première fois dans la commune d’Ecublens en 2024, Les jardins extraordinaires a été un succès. Un succès qui se voit reconduit petit à petit dans d’autres communes.
«Nous avons développé un outil gratuit pour que les communes puissent participer de façon autonome.»
– Réjane Juillet, conseillère en environnement
Le projet s’organise en deux temps. Premièrement, à travers des rencontres publiques, la commune informe la population de l’importance pour l’environnement d’une gestion responsable de son jardin. Durant ces actions de terrains, un partage de savoir est effectué. De nombreuses personnes sont surprises de l’impact que peut avoir ces petites parcelles sur la biodiversité. Grâce à des fiches didactiques, des petites actions simples sont partagées à ces personnes. Les thèmes de ces fiches sont variés : gestion du compost, biodiversité sur le balcon, descriptif des auxiliaires de jardin (ces hérissons et coccinelles qui viennent nous aider dans nos tâches de jardinage), … . Menée à large échelle, cette action propose tout d’abord d’apporter une vision globale à un public varié, mais aussi d’inviter des personnes motivées pour une deuxième phase de conseils personnalisés.
Cette seconde phase se passe directement dans le jardin des personnes intéressées et propose une rencontre entre le particulier et un-e employé-e communal-e spécialisé-e dans la gestion des espaces verts. Et c’est là que réside la force de ce projet : un partage d’expérience entre professionnel et amateur. A travers cette échange, les propriétaires de jardin recevront des conseils et des points d’amélioration qu’ils pourront ensuite mettre en œuvre. Comment favoriser la venue de la petite faune ? Pourquoi ne pas remplacer une immense étendue de gazon par des prairies fleuries ? Est-il possible de troquer sa haie de thuya pour une haie d’essence indigène ? En une phrase comme en cent questions : comment avoir un entretien écologique d’un jardin vivant qui respecte la biodiversité. Des entretiens conseils primordiaux au regard des observations des professionnels : 80% des jardins visités contenaient des néophytes invasives. Parfois, de petits gestes simples permettent d’éviter que ces plantes se retrouvent dans tout le voisinage.
Laurier cerise et sécateur
A travers ces entretiens in-situ, sont donc prodigués des conseils personnalisés qui s’adaptent aux particularités de chaque jardin. Bien sûr, ces paysagistes en herbe ne sont pas obligés de mettre en place tous les conseils d’entretiens mais le but est de leur offrir une meilleure vision de ce qui est faisable sur leur parcelle.
Et ces petits gestes simples permettent de faire revenir l’extraordinaire de la nature dans l’ordinaire d’un jardin privé.
Des corridors verts dont tout le monde ressort gagnant
Ce qui ressort de la première mise en application de ce projet est une triple satisfaction : la satisfaction de la commune, celle des citoyen-nes ayant participé au projet et celle des employés communaux en charge des rencontres.
«Un jardin qui favorise la biodiversité n’est pas très différent des autres ; ce qui change, c’est que ces quelques petites astuces mises en place en font souvent un jardin qui chante. »
– Réjane Juillet, conseillère en environnement
Les particuliers ayant participés à ce projet ont été enjoués par l’initiative de la commune. En effet, le temps investi par un professionnel pour donner des conseils précis et personnalisés a été largement valorisé dans les retours. Les participant-es se sont montré « friands de conseils » et motivés à mettre en place les recommandations qu’ils ont reçus.
Les trois paysagistes de la commune d’Ecublens ayant participé au projet se montrent eux aussi enchantés. Partager leurs connaissances avec les habitant-es de la commune représente une véritable valorisation de leur savoir. Ils ont ainsi été des acteurs concernés de l’amélioration de la biodiversité dans la commune.
Mais n’oublions surtout pas la dernière gagnante dans ce projet : la nature. Maintenant que des conseils concrets ont été semés dans la tête des participant-es, de nouvelles perspectives s’offrent à la biodiversité. Moins de néophytes invasives dans les jardins, un entretien plus en adéquation avec la diversité biologique locale, des oiseaux qui retrouvent où nicher, des polinisateurs qui ont de quoi polliniser et, pourquoi pas, un petit hérisson qui viendra profiter de tout ce nouvel environnement. Ces actions personnelles qui peuvent paraître insignifiante, mise l’une dans l’autre, permettent des changements importants à l’échelle de la commune et encourage la biodiversité en milieu bâti. Elles permettent de transformer ces petits îlots solitaires en un beau couloir vert empli de merveilles naturelles.