6 idées reçues sur les achats responsables – mise au point

Une production locale est-elle forcément durable ? Un produit durable est-il toujours la meilleure solution ? Les achats durables sont-ils toujours plus chers ? De nombreux préjugés et malentendus circulent autour des achats responsables. Nous faisons le point sur les idées reçues les plus courantes.
Les achats responsables peuvent représenter un défi. Mais cela ne signifie pas qu’ils doivent devenir un obstacle. Celles et ceux qui se débarrassent de ces six idées reçues donneront un nouvel élan aux achats responsables de leur commune :
Idée reçue n° 1 : Un produit durable est toujours la solution la plus durable
Ce n’est pas tout à fait vrai : la solution la plus durable consiste à ne rien acheter de neuf. C’est ce qui permet de préserver au mieux les ressources. Mais dans quels cas cela est-il vraiment une option ?
« Chaque processus d’achat doit commencer par une analyse des besoins. Toute personne qui achète quelque chose doit d’abord définir clairement son besoin, et ce indépendamment de toute considération de durabilité », explique Olivia Bolliger, cheffe de projet pour les achats publics responsables chez Pusch. Une analyse des besoins bien menée offre ainsi l’opportunité d’économiser des ressources. « Nous recommandons vivement d’évaluer les alternatives à un nouvel achat dans le cadre de cette analyse », poursuit-elle.
Le produit pourrait-il, par exemple, être acheté d’occasion ?
Un modèle de partage serait-il envisageable ?
Existe-t-il un ancien produit qu’on pourrait revaloriser ?
Ces réflexions sont également encouragées par Sabine Oberhuber, économiste et cofondatrice de Turntoo, une entreprise spécialisée dans la transition vers l’économie circulaire. Elle souligne : « En se posant la question des besoins, on découvre si l’on a réellement besoin d’un produit ou si on l’achète simplement parce que le processus se déroule ainsi depuis longtemps. Des décisions importantes peuvent déjà être prises à ce stade, par exemple en concluant que l’achat n’est pas nécessaire, du moins pas pour le moment, ou que l’on peut réparer ou réutiliser un bien existant. »
Conseils de lecture : Alternatives à l’achat neuf
Le service de l’environnement et de l’énergie (AUE) du canton de Bâle-Ville a réutilisé et partiellement transformé du mobilier ancien :
On entre ainsi dans les fameuses stratégies en « R » de l’économie circulaire, en commençant par Refuser et Repenser (voir encadré). Ensuite viennent Réutiliser et Réparer, qui constituent des alternatives importantes à l’achat de produits neufs.
Les stratégies en R de l’économie circulaire
Les stratégies dites en «R» (dérivées du préfixe «re-») peuvent être regroupées en trois catégories :
Fabrication et utilisation intelligentes
Refuser – Refuse : Renoncer à certains matériaux et produits.
Repenser – Rethink : Utiliser les produits plus intensément par le partage, la multifonctionnalité ou de nouvelles formes d’usage.
Réduire – Reduce : Augmenter l’efficacité des ressources grâce à une fabrication et une utilisation plus efficientes des produits.
Prolongation de la durée de vie des produits et de leurs composants
Réutiliser – Reuse : Prolonger la durée de vie de produits fonctionnels en les réutilisant dans leur fonction d’origine par un-e autre utilisateur-trice.
Réparer – Repair : Prolonger la durée de vie de produits défectueux par l’entretien et la réparation.
Rénover – Refurbish : Reconditionner des produits obsolètes en vue de leur réutilisation et remise sur le marché.
Remanufacturer – Remanufacture : Réutiliser des pièces fonctionnelles de produits hors d’usage dans d’autres produits.
Reconvertir – Repurpose : Réutiliser des produits ou leurs composants qui ne sont plus utilisés dans de nouveaux produits ayant une autre fonction.
Valorisation utile des matériaux
Recycler – Recycle : Valoriser les matériaux en les réintroduisant dans le cycle de production en tant que matières premières de la meilleure qualité possible.
Récupérer – Recover : Récupérer l’énergie issue de la combustion des déchets ainsi que les matériaux valorisables présents dans les résidus de combustion.
Idée reçue n° 2 : Le régional, c’est durable
Un produit régional peut être durable mais il ne l’est pas nécessairement. À lui seul, le caractère «de la région» ne dit rien sur la durabilité d'un produit. En effet, la durabilité comprend trois dimensions :
la durabilité économique,
la durabilité écologique,
la durabilité sociale.
Les produits régionaux, tout comme ceux qui parcourent de plus longues distances, peuvent répondre à ces trois dimensions de la durabilité mais ce n’est pas toujours le cas.
À noter : En matière d’appels d’offres publics, la prudence est de mise lorsqu’on souhaite acheter un produit régional.
«L’appel d’offres ne doit pas restreindre la concurrence du marché. C’est pourquoi le critère de régionalité peut poser des problèmes juridiques.»
– Maria-Luisa Kargl, cheffe de projet pour les achats publics responsables et labels chez Pusch
Idée reçue n° 3 : Acheter durable coûte plus cher
Les achats responsables mettent l’accent sur l’utilisation la plus longue possible des produits et des matériaux. «Une analyse approfondie des besoins au début d'un processus d'achat permet non seulement de minimiser l'impact sur le climat et l'environnement mais aussi de réduire les coûts», souligne Olivia Bolliger de la fondation Pusch.
Des économies peuvent par exemple être réalisées si l’analyse des besoins révèle qu’un achat d’occasion ou un produit reconditionné convient (voir Idée reçue n° 1). Il en va de même si, lors de la décision d'achat d'un nouveau produit, une attention particulière est portée à sa longévité ou à son design circulaire :
«Miser sur des produits facilement réparables et à longue durée de vie dès l'appel d'offres ou l'achat permet de faire des économies à long terme.»
– Olivia Bolliger, cheffe de projet pour les achats publics responsables chez Pusch
Il est essentiel de ne pas seulement tenir compte du prix d'achat initial mais de considérer aussi les coûts liés à l’utilisation et à l’élimination, c’est-à-dire le coût total de possession (Total Cost of Ownership, TCO).
Il vaut la peine de considérer les TCO pour tous les achats. En effet, les coûts d’exploitation ultérieurs pèsent tout autant sur le budget, même s’ils sont parfois affectés à un autre poste budgétaire que celui de l’achat initial. Lors de l'achat de mobilier, par exemple, les acheteurs peuvent vérifier si les pièces détachées des chaises ou des tables de bureau peuvent être remplacées, si nécessaire, lorsqu'elles sont usées ou cassées. « Un produit de haute qualité et facile à réparer est peut-être plus cher à l'achat. Mais il est rentable sur toute sa durée de vie », affirme Olivia Bolliger avec conviction.
Conseils de lecture sur l’idée reçue n°3
Prendre en compte les coûts du cycle de vie lors de l’achat d’un nouveau véhicule : Cher à l’achat mais économique
De nombreuses villes et communes misent désormais sur la mobilité électrique. Ce ne sont pas seulement les coûts d'acquisition qui jouent un rôle, mais aussi les coûts sur toute la durée d'utilisation. C'est le cas à Winterthur, où tous les véhicules municipaux devront fonctionner sans énergie fossile d'ici 2028 : voir l'exemple pratique sur le Toolbox Achats Responsables Suisse (PDF).
Idée reçue n° 4 : les achats responsables sont « nice to have »
Les achats responsables concernent tous les niveaux de l'administration. Depuis la révision de la loi sur les marchés publics, ce n'est plus seulement « nice to have ». Désormais, ce n'est plus l'offre la moins chère qui remporte le marché, mais la plus avantageuse. Cela a des répercussions sur la concurrence en matière de qualité et donne davantage de place aux considérations de durabilité.
« Continuer comme avant n'est plus une option. Tôt ou tard, toutes les communes suisses devront intégrer la question de la durabilité dans leurs achats. Plus tôt elles le feront, mieux ce sera », souligne Maria-Luisa Kargl, cheffe de projet pour les achats publics responsables et labels chez Pusch.
Voici d'autres raisons pour lesquelles les achats responsables ne sont pas seulement « nice to have » :
Cadre international : en signant l'Agenda 2030 des Nations unies, la Suisse s'est engagée à aligner son action sur les objectifs de développement durable des Nations unies. Dans ces 17 objectifs de développement durable (ODD), l'approvisionnement durable est explicitement mentionné dans l'ODD 12.7 comme un moyen de promouvoir le développement durable et la réalisation des objectifs.
Ancrage national : la durabilité est inscrite dans la Constitution fédérale (Cst.). L'article 2 de la Cst. évoque explicitement le développement durable et la préservation des bases naturelles de la vie. L'article 73 de la Cst. approfondit la notion de durabilité et stipule que la Confédération et les cantons « œuvrent à l’établissement d’un équilibre durable entre la nature, en particulier sa capacité de renouvellement, et son utilisation par l’être humain ».
Le volume des achats publics est énorme. Les communes, les cantons et la Confédération achètent chaque année pour 41 milliards de francs de biens, services et infrastructures. La majeure partie de ces achats est effectuée par les communes et les cantons. Le levier des marchés publics pour promouvoir le développement durable est donc considérable.
Conseils de lecture sur l’idée reçue n°4
Association des Communes Suisses: Le droit sur les marchés publics révisé … et maintenant ?
Idée reçue n° 5 : les achats responsables, c’est trop compliqué
C’est vrai, le domaine des marchés publics peut être complexe. Il représente souvent un défi pour les petites et moyennes communes, notamment en raison de leurs ressources limitées. Et il faut en plus prendre en compte la durabilité avec ses multiples facettes ? Pas vraiment simple. Mais la bonne nouvelle, c'est que :
«L'approvisionnement durable ne signifie pas qu'il faille passer immédiatement de 0 à 100 en matière de durabilité. Même de petits pas permettent déjà d'obtenir des résultats tangibles.»
– Maria-Luisa Kargl, cheffe de projet pour les achats publics responsables et labels chez Pusch
Acheter de manière durable signifie se poser plus consciemment la question de savoir ce qu'il faut acheter et pour quelle raison (voir l’idée reçue n° 2). Mais cela ne représente pas forcément un surcroît de travail : « Les exigences relatives à un nouveau produit ou service doivent de toute façon être définies. Cela fait partie intégrante de tout processus d'achat », ajoute Olivia Bolliger. Dans un premier temps, réfléchir à la durabilité peut représenter un effort supplémentaire et nécessiter un peu de pratique et d'expérience. Mais il existe de nombreux outils pour vous aider.
Outils à disposition
Toolbox achats responsables Suisse : cette boîte à outils fournit gratuitement aux responsables des achats les informations les plus importantes et des critères de durabilité vérifiés sur le plan juridique pour différents groupes de produits. Au total, 19 fiches techniques aident à acheter les produits les plus pertinents tels que les véhicules communaux, l'éclairage intérieur, le mobilier, les appareils pour les technologies de l'information et de la communication, les équipements pour les espaces verts ou les services de conciergerie. Les fiches techniques mettent en évidence les risques écologiques et sociaux de chaque groupe de produits, fournissent des recommandations spécifiques pour les appels d'offres et contiennent des critères d'achat pouvant être utilisés comme modules de texte pour les appels d'offres.
Plateforme de connaissances sur les achats publics responsables PAP : la PAP permet aux acheteurs de trouver en un seul endroit des informations et des outils fournis et utilisés par les services d'achat et les experts de tous les niveaux fédéraux.
TRIAS – Guide pour les marchés publics : ce guide s'adresse aux praticien-ne-s des services administratifs et aux autres adjudicateurs soumis au droit des marchés publics. Il aide à garantir le bon déroulement de tous les marchés publics (voir vidéo explicative).
« À long terme, cet effort initial supplémentaire est clairement rentable. Les produits durables et faciles à réparer causent moins de pannes au quotidien, simplifient la maintenance et les réparations et permettent ainsi d'économiser du temps et de l'argent », explique Olivia Bolliger (voir aussi idée reçue n° 3).
En outre, clarifier les conditions simplifie le processus d'achat. « Nous recommandons aux communes d'élaborer des directives en matière d'achat. Elles facilitent le travail des responsables des achats qui n'ont plus besoin de définir de nouveaux critères à chaque achat », explique Maria-Luisa Kargl. Une directive n'est pas seulement une légitimation politique. Elle apporte également plus de clarté pour tous : des formulations harmonisées et une compréhension commune des règles à respecter garantissent un processus d'achat plus fluide et constituent une sécurité tant pour les acheteurs que pour les fournisseurs.
Conseils sur les directives en matière d'achats responsables
Si une directive semble trop exigeante au premier abord, il existe d'autres moyens d'ancrer et de promouvoir les achats responsables, comme des listes de contrôle ou lignes directrices. C’est d’ailleurs ce qu’a fait la commune de Bienne qui a introduit une charte en privilégiant l’achat de produits et de services économiques, respectueux des ressources naturelles et issus de pratiques socialement responsables.
Les déclarations d'intention, les listes de contrôle ou les lignes directrices peuvent être un bon début. Mais pour que les achats responsables ne restent pas une simple déclaration de bonne intention, il faut à long terme se munir de bases contraignantes. Mais pas d'inquiétude, ici aussi, il faut procéder étape par étape. L'approvisionnement est un processus permanent qui peut et doit être régulièrement revu et amélioré. Au début, la devise est la suivante :
«L'essentiel est que la commune commence à s'intéresser aux achats responsables. Même les petits pas sont déjà un bon début !»
– Maria-Luisa Kargl, cheffe de projet pour les achats publics responsables et labels chez Pusch
Idée reçue n° 6 : Sans expérience, on part de zéro
Bonne nouvelle : Ceux qui s'intéressent aux achats responsables n'ont pas besoin de réinventer la roue. De nombreuses communes sont confrontées à des défis similaires et sont à la recherche de solutions.
Il suffit de se donner la peine de profiter des échanges régionaux et de rechercher le dialogue avec des communes de taille similaire dans d'autres régions.